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Des tickets de caisse plus sains sans bisphénols

08. janvier 2026, Catégorie: Ecotoxicologie aquatique Evaluation des risques Ecotoxicologie des sols Ecotoxicologie des sédiments

Des tickets de caisse plus sains sans bisphénols

Des chercheurs de l'EPFL ont mis au point une nouvelle formule pour le papier thermique qui ne contient pas de bisphénols nocifs pour la santé. Le Centre Ecotox a pu démontrer, dans le cadre d'études toxicologiques, que les substituts à base de bois utilisés sont nettement moins problématiques que les substances traditionnellement employées.

Chaque jour, des millions de personnes utilisent du papier thermique, par exemple sous forme de reçus, d'étiquettes d’expédition, de billets d’avion et de dossiers médicaux, sans même s’en rendre compte. La technologie sous-jacente repose sur des revêtements thermosensibles : sous l'effet de la chaleur, un colorant incolore réagit avec un révélateur, ce qui fait apparaître un texte foncé aux endroits chauffés.

Bien que discret par sa taille, le papier thermique a une empreinte environnementale importante. Il est est fabriqué à l’échelle industrielle, manipulé quotidiennement et souvent recyclé, ce qui permet aux produits chimiques qu'il contient de se retrouver dans l'eau et le sol. Depuis des décennies, le bisphénol A (BPA) et, comme alternative supposée, le bisphénol S (BPS) comptent parmi les révélateurs les plus courants. Tous deux peuvent perturber la signalisation hormonale des organismes vivants et sont détectés à la fois dans l’environnement et chez les personnes qui manipulent fréquemment des reçus.

La recherche d'alternatives s'avère difficile

Trouver des alternatives plus sûres aux bisphénols reste un défi. Le papier thermique doit non seulement être sans danger pour la santé, mais aussi stable, facile à imprimer et peu coûteux. Le marché mondial du papier thermique était estimé à environ quatre milliards de dollars américains en 2022 et devrait atteindre environ six milliards de dollars américains d'ici 2030. Si les législateurs et les fabricants cherchent des substituts, les progrès sont lents. En effet, tout produit alternatif moins toxique doit aussi réagir à la bonne température, rester stable pendant le stockage, bien se mélanger avec d’autres ingrédients de revêtement et éviter la décoloration de fond. Les matériaux biologiques, en particulier, ne répondent que rarement à tous ces critères.

Une équipe de recherche de l'EPFL et du Centre Ecotox a maintenant démontré que les matériaux dérivés du bois peuvent répondre à ces exigences. Dans une étude publiée dans Science Advances, les chercheurs décrivent des revêtements thermosensibles à base de lignine – un composant majeur du bois – combinés à un sensibilisateur à base de sucre végétal.

Les substances naturelles sont nettement moins toxiques

Les revêtements à base de lignine ont produit des images imprimées nettes une fois chauffés, avec des valeurs de densité de couleur dans la même plage que celles du papier thermique du commerce. Les revêtements sont restés stables une fois stockés près d’une fenêtre pendant plusieurs mois, et les logos imprimés étaient toujours lisibles après un an. Si le contraste de l’image était encore inférieur à celui du papier du commerce entièrement optimisé, les performances étaient équivalentes à celles des papiers thermiques à base de BPA.

Les tests biologiques réalisés par le Centre Ecotox ont montré que les révélateurs à base de lignine étaient deux à quatre ordres de grandeur moins actifs sur le plan œstrogénique que le BPA. Le sensibilisateur à base de sucre n'était ni œstrogénique ni toxique. L’étude indique que des formulations de papier thermique moins nocives pour la santé peuvent être fabriquées directement à partir de biomasse non comestible en suivant des étapes de traitement simples. Bien que des efforts supplémentaires soient nécessaires pour optimiser la qualité d’impression et passer à l’échelle industrielle, les résultats montrent que reçus et étiquettes peuvent être imprimés efficacement sans avoir recours à des produits chimiques problématiques.

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Publication

Tom Nelis, Manon Rolland, Claire L. Bourmaud, Etiënne L.M. Vermeirssen, Ghezae Tekleab, Harm-Anton Klok, Jeremy S. Luterbacher. Formulation durable de papier thermique à partir de fractions de biomasse lignocellulosique. Science Advances, 2 janvier 2026. DOI : 10.1126/sciadv.adw9912

Texte: Nik Papageorgiou (EPFL), adapté